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Title: Discours du président Clinton au parlement
nigérian (Transcription : discours prononcé le 26 août à Abuja -
AEF705)
Date: 20000828
Text:
*AFI101
08/28/00
Dans son discours prononcé le 26 août à Abuja devant le parlement
nigérian, le président Clinton s'est réjoui des progrès enregistrés par
le Nigeria vers la démocratie, déclarant : « Vous avez entamé le long
chemin qui conduira à réparer les injustices, à corriger les erreurs du
passé et à construire les ponts en vue d'un avenir meilleur.
« Le chemin est plus dur et les récompenses sont plus lentes à venir
que l'on ne s'imaginait au début. Mais, ce qui est le plus important,
c'est qu'à l'heure actuelle, vous faites marche avant et non pas marche
arrière. Et je suis ici aujourd'hui parce que votre lutte - pour la
démocratie et les droits de l'homme, pour l'équité et la croissance
économique, pour la paix et la tolérance - est aussi celle des
Etats-Unis et du monde entier. »
« Votre réussite constitue un énorme enjeu pour le monde entier, et
non pas simplement à cause de votre taille ou de la richesse de vos
ressources naturelles, ou même de votre capacité à aider tout le
continent africain à réaliser la paix et la prospérité, mais aussi parce
qu'un grand nombre des grands drames humains de notre époque se jouent
sur la scène nigériane », a ajouté M. Clinton.
Deux importants défis attendent les Etats-Unis et le Nigeria, a-t-il
dit. Le premier, c'est d'aider à préparer l'économie du Nigeria pour le
XXIe siècle et d'en faire le moteur de la croissance économique et du
renouveau en Afrique ; le second, c'est de travailler en étroite
collaboration afin de bâtir la paix que le Nigeria et le reste de
l'Afrique souhaitent si ardemment.
Pour être en mesure d'élaborer des économies plus fortes, a dit M.
Clinton, le monde doit d'abord juguler les maladies mortelles, telles le
sida, la tuberculose et le paludisme, qui anéantissent la vitalité des
villes et villages africains. M. Clinton a rendu hommage au président
Obasanjo pour avoir reconnu qu'on ne pouvait remporter la victoire sur
le sida en niant son existence.
Par ailleurs, les Etats-Unis collaboreront avec diverses
organisations non gouvernementales nigérianes et avec des universités
afin d'établir des centres locaux qui fourniront une formation et un
appui dans le domaine de l'Internet à toutes les régions du Nigeria, a
précisé le président Clinton.
De plus, afin d'aider le Nigeria dans le domaine de l'enseignement,
de la santé et des techniques de l'information, M. Clinton a fait savoir
qu'il avait demandé au Corps de la paix de rétablir son partenariat avec
ce pays dans les plus brefs délais.
On trouvera ci-après la transcription du discours de M. Clinton :
(Début de la transcription)
La Maison-Blanche Bureau du secrétaire de presse, Abuja (Nigeria) 26
août 2000
Discours du président Clinton au Parlement nigérian Abuja (Nigeria)
Merci beaucoup, Messieurs les président et président adjoint du Sénat
et membres de l'Assemblée nationale. C'est un grand honneur pour moi
d'être ici avec des membres de mon cabinet et de mon gouvernement, avec
des membres du Congrès des Etats-Unis, avec des maires de villes
figurant parmi les plus grandes de notre pays, et avec ma fille. Nous
sommes tous très heureux d'être parmi vous.
Je dois dire que c'est la première fois, en huit ans, que l'on chante
avant de faire ma présentation en tant que président et avant que je ne
prenne la parole devant le Parlement d'un pays. J'ai beaucoup aimé ce
chant qui nous a tous mis de bonne humeur.
Il y a vingt-deux ans, lorsqu'il était arrivé au Nigeria déclarant
qu'il était venu d'un grand pays pour visiter un autre grand pays, le
président Jimmy Carter avait été le premier président à se rendre dans
un pays d'Afrique subsaharienne. Il y a un peu plus de deux ans, j'ai
fait la plus longue tournée en Afrique qu'un président américain ait
jamais faite afin de bâtir un nouveau partenariat avec votre continent.
Malheureusement, à l'époque, un gouvernement illégitime qui tuait ses
citoyens et gaspillait ses ressources était en place au Nigeria. Et tout
ce que la plupart des Américains savaient du Nigeria, c'était une
affiche, à leur aéroport local, les avertissant de ne pas se rendre dans
ce pays.
Un an plus tard, le Nigeria trouvait un dirigeant provisoire qui a
tenu ses promesses. Ensuite, les Nigérians ont élu un président et une
Assemblée nationale et leur ont confié - vous ont confié - la dure tâche
de reconstruire votre nation et d'élaborer votre démocratie.
Aujourd'hui, les Américains et les peuples du monde entier
connaîtront à nouveau le Nigeria pour sa musique et ses arts, pour ses
lauréats du Prix Nobel, pour ses Super Falcons, pour son attachement au
maintien de la paix et pour le rôle prééminent qu'il joue en Afrique et
aux quatre coins du monde. Autrement dit, une fois de plus, les gens
associeront le nom de Nigeria à celui d'un grand pays.
Vous avez entamé le long chemin qui conduira à réparer les
injustices, à corriger les erreurs du passé et à construire les ponts en
vue d'un avenir meilleur. Le chemin est plus dur et les récompenses sont
plus lentes à venir que l'on ne s'imaginait au début. Mais, ce qui est
le plus important, c'est qu'à l'heure actuelle, vous faites marche avant
et non pas marche arrière. Et je suis ici aujourd'hui parce que votre
lutte - pour la démocratie et les droits de l'homme, pour l'équité et la
croissance économique, pour la paix et la tolérance - est aussi celle
des Etats-Unis et du monde entier.
En vérité, votre réussite constitue un énorme enjeu pour le monde
entier, et non pas simplement à cause de votre taille ou de la richesse
de vos ressources naturelles, ou même de votre capacité à aider tout le
continent africain à réaliser la paix et la prospérité, mais aussi parce
qu'un grand nombre des grands drames humains de notre époque se jouent
sur la scène nigériane.
Un grand pays qui abrite un Africain sur six peut-il, par exemple,
réussir à élaborer une démocratie avec une aussi grande diversité et un
passé rempli de troubles ? Un pays en développement, qui a la chance
d'avoir d'énormes ressources humaines et naturelles, peut-il prospérer
et améliorer le sort de toute sa population ? Un pays qui est béni par
le dynamisme et la vigueur d'innombrables traditions et de nombreuses
confessions peut-il être enrichi par sa diversité et non pas affaibli
par celle-ci ? Je pense que la réponse à ces questions peut et doit être
oui.
Il existe encore dans le monde des personnes qui pensent que la
démocratie est un luxe que les gens ne recherchent que lorsque les temps
sont faciles. Les Nigérians nous ont montré que la démocratie est une
nécessité, notamment quand les temps sont durs. Les dictateurs de votre
passé espéraient que les temps difficiles voueraient vos voix au
silence, qu'ils banniraient vos dirigeants, qu'ils anéantiraient votre
courage. Mais, même dans les périodes les plus sombres, le peuple
nigérian savait qu'il devait se battre pour la liberté, la liberté que
les créateurs de leur pays leur avaient promise.
Chinua Achebe s'en est fait le porte-parole, Sunny Ade l'a chantée.
Des journalistes tels que Akinwumi Adesukar se sont battus pour elle ;
des avocats comme Gani Fawehinmi ont fait son plaidoyer ; des dirigeants
politiques tels que Yar'Adua sont morts pour elle. Et, fait encore plus
important, le peuple du Nigeria a voté pour elle.
Maintenant, enfin, vous avez récupéré votre pays. Les Nigérians
élisent leurs dirigeants, agissent pour réduire la corruption et
enquêter sur les abus du passé, font la lumière sur les atteintes aux
droits de l'homme, transforment une presse courageuse en une presse
libre. C'est un début courageux.
Mais vous savez mieux que moi tout ce qui reste encore à faire.
Toutes les nations qui ont lutté afin de bâtir une démocratie ont
découvert que le succès dépendait de dirigeants convaincus que le
gouvernement existait afin de servir le peuple, et non pas l'inverse. Le
président Obasanjo est l'un de ces dirigeants. La lutte pour bâtir la
démocratie dépend aussi de vous, des parlementaires qui feraient
contrepoids à l'autorité de l'exécutif et qui seraient une source... -
vous savez, si c'était aux membres de mon Congrès que je m'adressais,
ils seraient encore debout à applaudir.
Mais ceci est important, laissez-moi finir : dans un régime
constitutionnel, la législature représente un mécanisme de contrepoids
par rapport à l'exécutif, mais elle doit aussi être une force directrice
imaginative et responsable, car en fin de compte, il faut faire le
travail et il faut faire des progrès.
La démocratie sous-tend une culture politique qui accepte les débats
vigoureux sans que le jeu de la politique ne devienne sanglant. Elle
repose sur des institutions solides, sur un appareil judiciaire
indépendant, sur des militaires fermement contrôlés par les civils. Elle
exige que tant les femmes que les hommes y participent. Je dois dire que
je suis content de voir plusieurs femmes dans cet auditoire ; je suis
aussi content que les Nigérianes ont leur propre programme de « voix
vitales », un programme pour lequel mon épouse a beaucoup travaillé,
aussi bien en Afrique qu'aux quatre coins du monde.
Bien évidemment, en fin de compte, tout changement politique réussi
doit commencer à améliorer la vie quotidienne des gens. Ce sont là les
dividendes de la démocratie que les Nigérians attendent.
Pourtant, personne ne devrait penser que tous les dégâts faits au
cours d'une génération pourront être réparés en un an de temps. Un
véritable changement demande de la persévérance et de la patience. Il
demande que l'on soit disposé à faire un compromis honorable et à
coopérer. Il exige un appui constant de la part du peuple du Nigeria et
de vos amis à l'étranger. Cela ne signifie pas pour autant qu'il faille
être patient face à la corruption ou à l'injustice ; mais abandonner
tout espoir parce que le changement se fait lentement reviendrait à
donner la victoire à ceux qui n'en veulent aucun.
Souvenez-vous d'une leçon que nous autres Américains avons apprise au
cours de nos quelque 224 années d'expérience de la démocratie : c'est
toujours et partout un travail inachevé. Il a fallu à mon pays près de
90 ans et une cruelle guerre civile pour que tous les Américains soient
libres. Il a fallu cent ans de plus pour donner à chaque Américain les
droits fondamentaux que notre Constitution lui promettait depuis le
début.
Depuis l'époque de notre révolution, nos meilleurs cerveaux se
penchent sur la question d'un équilibre entre les responsabilités qui
incombent à notre gouvernement national et celles de nos gouvernements
locaux ; sur le bon équilibre qui doit exister entre le président et le
Congrès ; sur le rôle que doivent jouer les tribunaux dans la vie de
notre nation. Et depuis le tout début, nous avons travaillé dur afin de
tisser les multiples fils de notre nation en une tapisserie cohérente et
unie. Les succès n'ont pas toujours été réguliers, et les échecs
occasionnels ont été regrettables et parfois douloureux.
Aujourd'hui, l'Amérique a une population composée de plus de 200
divers groupes raciaux, ethniques et religieux. Dans certains de nos
arrondissements scolaires, les parents des élèves parlent parfois 100
langues différentes. Cela représente un défi intéressant. Mais je suis
convaincu que c'est également une grande chance, et qu'il en est de même
de notre grande diversité religieuse et ethnique. Dans nos sociétés de
plus en plus interdépendantes, nous avons la chance de pouvoir trouver
l'unité dans notre humanité commune. Nous pouvons apprendre non
seulement à tolérer nos différences, mais aussi à les célébrer ; nous
pouvons croire que la façon dont nous pratiquons notre religion, dont
nous parlons, ainsi que l'origine de nos parents, sont des choses
terriblement importantes. Mais si nous comprenons que sur cette Terre,
la chose la plus fondamentale est notre humanité, alors rien ne pourra
nous arrêter.
Cependant, aucune société n'a jamais réussi à résoudre complètement
ce problème. Il suffit de songer au Proche-Orient, à l'Irlande du Nord,
aux Balkans et au drame qui se déroule au Cachemire pour mesurer
l'ampleur de ce défi. Vous savez également, bien entendu, que la
démocratie ne répond pas à ces questions. Elle se contente de donner à
tous les peuples libres la chance de trouver les solutions qui leur
conviennent.
Je sais que des décennies d'abus et de privations ont exacerbé vos
divisions religieuses et ethniques. Personne ne peut faire disparaître
ces problèmes d'un coup de baguette magique. Mais ce n'est pas une
raison pour renoncer à l'idéal d'un Nigeria uni. Après tout, après
toutes ces années, si nous essayions de redessiner la carte de
l'Afrique, nous ne ferions qu'ajouter de nouvelles récriminations aux
anciennes. Même si nous parvenions à séparer tous les peuples selon leur
appartenance ethnique et leur religion, délivrerions-nous l'Afrique des
conflits ? Songez à tout ce qui serait détruit, aux montagnes de progrès
accomplis qui seraient anéanties dans la foulée.
Partout où il y a trop de privation et pas assez de tolérance, les
différences entre les gens semblent énormes. Elles seront toujours comme
des plaies ouvertes que des individus mal intentionnés s'attacheront à
transformer en haine. Mais je pense qu'il est important de souligner au
monde entier que dans le contexte de vastes différences culturelles et
d'un passé de répression et de tension ethnique, le fait est que les 250
groupes ethniques qui composent le Nigeria ont su rester au sein d'une
même nation jusqu'à aujourd'hui. Vous avez lutté ensemble pour la
démocratie. C'est lorsque vous avez agi à l'unisson que vous avez connu
vos plus grandes heures.
Ce n'est pas à moi de vous dire comment résoudre tous les dossiers
que je suis de plus près que vous ne le pensez sans doute. Vous êtes un
peuple libre, un peuple indépendant, et vous devez résoudre vos
problèmes. Tout ce que je peux vous dire c'est ce que j'ai vu et observé
ces dernières années en qualité de président des Etats-Unis et au
contact d'autres peuples partageant vos aspirations sur tous les
continents. Nous devons tous concevoir des moyens nobles de surmonter
nos différends, de trouver un terrain d'entente.
Le fait le plus marquant de notre vie moderne, contrairement à ce que
vous pouvez croire, n'est pas la croissance de l'économie mondiale, ni
l'explosion des techniques de l'information et d'Internet, mais
l'interdépendance croissante que ces phénomènes engendrent. Que nous le
voulions ou non, nos destinées sont de plus en plus liées les unes aux
autres - au sein des nations et par delà les frontières nationales, au
delà des limites continentales et par delà de vastes océans. Que nous le
voulions ou non, cette transformation a lieu. Vous pouvez penser à des
exemples de vaste portée, tels nos échanges économiques. Ou vous pouvez
prendre des exemples plus anecdotiques, comme le fait que nous
connaissons maintenant dans le monde un phénomène appelé « paludisme
d'aéroport », simplement parce que des gens qui vivent dans des pays où
cette maladie est inconnue la contractent au simple contact de personnes
venues des quatre coins du monde qu'ils rencontrent dans les aéroports.
Que nous le voulions ou non, votre destinée est liée à la mienne et
la mienne à la vôtre, et l'avenir ne fera que renforcer ce phénomène.
Vous pouvez le constater dans toutes les bonnes choses que nous pouvons
construire ensemble, mais aussi dans les menaces auxquelles nous devons
faire face en commun, menaces venues des ennemis de l'Etat-nation, des
trafiquants de stupéfiants et d'armes, des terroristes et de ceux qui
veulent mettre au point des armes de destruction massive adaptées à
l'ère électronique, qui sont très difficiles à détecter et faciles à
déplacer.
Mais nous devons décider de ce que nous allons faire de ce phénomène
fondamental de la vie moderne, notre interdépendance. Les musulmans et
les chrétiens de ce pays peuvent-ils reconnaître ce phénomène et trouver
un terrain d'entente ? Pouvons-nous établir la paix à Jérusalem entre
les musulmans, les chrétiens et les juifs ? Pouvons-nous aider les
musulmans, les chrétiens orthodoxes et les catholiques des Balkans à
trouver la paix ? Verrons-nous jamais la fin du conflit entre les
catholiques et les protestants en Irlande du Nord, je veux dire,
définitivement ? Les hindous et les musulmans peuvent-ils apprendre à
vivre en paix au Cachemire ?
N'est-il pas paradoxal de noter qu'alors que je suis venu ici en
partie pour vous aider à bénéficier plus rapidement de la révolution de
l'information de façon que le maximum de Nigérians en profitent, nous
nous retrouvons aux prises avec le problème le plus ancien de l'humanité
: la peur des autres, la peur de ceux qui sont différents de nous.
Je suis sûr qu'il fut un temps, à l'aube de l'humanité, où chacun
devait craindre ceux qui n'étaient pas de sa tribu, car alors la
nourriture était rare et il n'y avait pas de moyens de communication.
Mais nous avons conservé en nous cette peur de ceux qui sont différents.
Malheureusement, de craindre l'autre à s'en méfier, à le détester, à le
haïr, à l'opprimer et à recourir à la violence contre lui, il n'y a
qu'un pas ténu à franchir. C'est une pente très, très dangereuse.
Alors je le vous le redis, c'est le défi le plus difficile à relever,
parce que même aux Etats-Unis, j'ai honte de le dire, il y a encore des
gens qui meurent parce qu'ils sont différents des autres. Certes cela
n'arrive plus aussi souvent que par le passé, c'est rare, mais cela nous
déchire toujours autant, parce que chacun compte, chacun mérite une
chance de réussir dans la vie, et que nous nous en sortons tous mieux
quand nous nous entraidons, quand nous trouvons le moyen d'aider chacun
à trouver son chemin, guidé par sa propre vision de l'avenir et sa
propre foi.
Alors je vous le dis, c'est dans cet esprit que je suis venu. Le
monde a besoin que le Nigeria réussisse. Chaque grande nation doit
devenir plus forte que la somme des éléments qui la composent. Le
Nigeria a tout ce qu'il faut pour faire partie de la grande évolution
qui a lieu dans le monde aujourd'hui, et il a un avenir qui mérite tous
les sacrifices. Vous êtes déjà des défenseurs de la paix, de la
démocratie et de la justice. Le mois dernier, à Tokyo, votre président a
rappelé aux dirigeants du G8 que nous sommes tous les membres d'une même
famille mondiale.
Il a dit, et je cite : « Nous devons relever les défis du
développement non pas en tant qu'entités séparées, mais en tant que
membres de la même famille mondiale ayant des intérêts et des
responsabilités partagés. » Alors aujourd'hui, j'aimerais passer
quelques minutes à vous dire comment nos deux pays, avec leur expérience
commune de la diversité et leur amour commun de la liberté peuvent
oeuvrer à construire un meilleur avenir.
Je crois que nous avons deux grands défis à relever. Le premier
consiste à coopérer afin d'aider le Nigeria à préparer la réussite de
son économie au XXIe siècle, de façon qu'il devienne le moteur de la
croissance et du renouveau sur le continent africain. Le deuxième
consiste à oeuvrer de concert à l'instauration de la paix dont le
Nigeria et l'ensemble de l'Afrique ont si désespérément besoin.
Pour bâtir des économies plus fortes, nous devons faire face aux
maladies qui sapent la vie des villes et des villages d'Afrique, surtout
le sida, mais aussi la tuberculose et le paludisme. Le sida va réduire
de 20 ans l'espérance de vie en Afrique. Il détruit les familles et il
anéantit les gains économiques aussi vite que les pays ont pu les
réaliser. Il dérobe à l'Afrique son avenir. A long terme, la seule
manière de vaincre ces fléaux consiste à fournir des traitements et des
vaccins efficaces et d'un prix abordable. Rien que la semaine dernière,
j'ai promulgué une loi affectant 60 millions de dollars à la recherche
d'un vaccin ainsi qu'au traitement et à la prévention du sida dans le
monde, notamment au Nigeria.
Dans l'intervalle, cependant, en attendant les résultats à long
terme, nous devons faire face à la réalité. Je salue la hauteur de vues
du président Obasanjo qui reconnaît que nous ne pouvons vaincre le sida
en l'occultant, que nous ne pouvons l'éliminer en le stigmatisant.
Actuellement, nous ne l'emporterons sur le sida que par la prévention,
en changeant notre comportement et nos attitudes et en brisant le mur du
silence sur la façon dont cette maladie se transmet et sur la manière
dont on peut l'enrayer. C'est une question de vie ou de mort.
Il existe des pays d'Afrique - deux - qui ont réussi à réduire
l'incidence du sida grâce à des mesures énergiques en matière de
prévention. Demain, le président Obasanjo et moi rencontrerons des
Nigérians qui sont montés au créneau dans cette lutte et je les
féliciterai.
Bâtir une économie plus solide, cela veut dire également aider tous
les enfants à s'instruire. Dans l'ancienne économie, les perspectives
économiques d'un pays étaient limitées par sa situation géographique et
par ses ressources naturelles. Tout dépendait de son emplacement. Dans
la nouvelle économie, tout repose sur l'information, l'éducation et la
motivation.
Pendant que je me rendais ici aujourd'hui, le pasteur Jesse Jackson
m'a recommandé de rappeler à tout le monde que l'action des Etats-Unis,
s'agissant de l'aide au Nigeria, dépasse le cadre de l'Etat fédéral et
s'étend à Wall Street et à la Silicon Valley. Ce sont les éléments
moteurs de notre économie ; la vôtre pourra en bénéficier aussi.
L'un des grands noms de l'âge de l'information est un Américain
d'origine nigériane nommé Philip Emeagwali. Il avait dû quitter l'école
parce que ses parents ne pouvaient pas lui payer la scolarité. Il a vécu
dans un camp de réfugiés pendant votre guerre civile. Il a obtenu une
bourse universitaire et a fini par inventer une formule qui permet aux
ordinateurs de faire 3,1 milliards de calculs par seconde. On l'appelle
parfois le Bill Gates de l'Afrique.
Mais ce que je veux vous dire, c'est qu'il y a un autre Philip Emeagwali - ou des centaines, des
milliers - qui grandissent en ce moment au Nigeria. J'y pensais lorsque
j'arrivais de l'aéroport, puis dans mes déplacements ici, en voyant les
visages des enfants. Personne ne sait ce qu'il existe de possibilités
dans leur esprit et dans leur coeur, ce qu'ils possèdent d'imagination,
quelles sont leurs pensées et leurs rêves qui restent secrets parce
qu'ils n'ont pas les moyens de les extérioriser.
En fait, c'est à cela que sert l'enseignement. Nous avons le devoir
de nous assurer que tous nos enfants ont la chance de vivre leur rêve,
de manière que nous, et le reste du monde, ne perdions aucun des
bienfaits de leurs contributions. Nous, aux Etats-Unis, avons tout
intérêt à tendre la main aux 98 % de la race humaine qui ne s'est jamais
branchée à Internet, aux 269 Nigérians sur 270 qui n'ont toujours pas le
téléphone.
Je suis heureux d'annoncer que les Etats-Unis collaboreront avec les
ONG et les universités du Nigeria à la création de centres
communautaires qui fourniront un accès à Internet, ainsi qu'une
formation et un appui à toutes les régions de votre pays. J'ai également
évoqué avec votre président aujourd'hui une initiative de 300 millions
de dollars que nous avons lancée afin d'assurer un repas nourrissant -
petit déjeuner ou déjeuner du midi - aux écoliers, assez pour nourrir en
outre 9 millions d'enfants qui ne sont pas à l'école aujourd'hui, y
compris au Nigeria.
Nous savons que si nous pouvons garantir - et je vais demander aux
autres pays développés de participer, puis nous irons de pays en pays,
travaillant avec les pouvoirs publics, avec les associations agricoles -
car nous ne voulons pas perturber l'économie agricole - nous comprenons
les difficultés inhérentes - mais nous savons qui si nous pouvons
garantir à chaque enfant de tous les pays en développement au moins un
repas nourrissant par jour, nous pourrons augmenter spectaculairement la
scolarisation des garçons et surtout des filles. Nous ne saurions
laisser un seul enfant à la traîne. J'espère que nous pourrons réaliser
ce programme au Nigeria et que vous nous aiderez à le réaliser.
J'ai également demandé au Corps de la paix de rétablir sa présence au
Nigeria aussitôt que possible afin d'apporter une aide en matière
d'éducation, de santé et d'informatique.
Bâtir une économie florissante, c'est aussi créer des institutions
solides et, en tout premier lieu, un Etat de droit. Votre lauréat du
prix Nobel, Wole Soyinka, a écrit qu'il imaginait le jour où le Nigeria
serait « une nation que rien n'arrête, et dont les citoyens, où qu'ils
se trouvent dans le monde, seraient révérés pour la simple possession
d'un passeport nigérian ».
Or, vous le savez trop bien, les actes d'un petit groupe de Nigérians
ont ruiné cette possibilité, terni la fierté de tenir ce passeport,
brisé le potentiel de tous les citoyens probes et honnêtes de ce pays.
Mais nous ranimerons la fierté et la prospérité en réprimant ensemble la
criminalité, la corruption, la fraude et la drogue.
Notre Bureau fédéral d'enquêtes collabore de nouveau avec le Nigeria
à la répression de la criminalité internationale et financière. Nos
organismes policiers s'emploient à faire comprendre aux trafiquants de
stupéfiants qu'ils ne trouveront pas d'asile sûr au Nigeria. En
accomplissant ces choses-là, nous serons en mesure de proclamer aux
investisseurs du monde entier : venez au Nigeria. Ce pays est riche de
possibilités inexploitées parce qu'il recèle un potentiel illimité.
Cette année, j'ai promulgué notre loi de promotion du commerce avec
l'Afrique, dont un grand nombre de partisans au Congrès sont ici avec
moi aujourd'hui. Elle nous aidera à saisir ces occasions, à créer de
bons emplois et des richesses de part et d'autre de l'Atlantique. La
difficulté consiste à faire en sorte que toute participation extérieure
à votre économie favorise un développement équitable qui relève les
populations qui ont donné beaucoup du leur pour le progrès économique du
Nigeria mais n'en ont jusqu'ici guère profité.
Ni le peuple ni le secteur privé ne veulent d'un avenir où les
investisseurs vivraient dans des îlots fortifiés entourés par des océans
de misère. La démocratie nous offre une chance d'éviter un tel avenir.
Je pense, bien sûr, en premier lieu, au Delta du Niger. J'espère que les
pouvoirs publics et les milieux d'affaires forgeront ensemble un
partenariat avec les populations locales afin d'assurer un progrès
social authentique et durable, un milieu ambiant salubre et des
possibilités économiques.
Nous devons évidemment faire face à un autre obstacle qui entrave le
développement économique du Nigeria, à savoir le fardeau de la dette
dont vous avez hérité des gouvernements passés. Les Etats-Unis ont pris
l'initiative en vue de rééchelonner la dette du Nigeria au sein du Club
de Paris, et je pense qu'il faut faire encore davantage. Le Nigeria ne
devrait pas avoir à choisir entre le paiement du service de la dette et
la satisfaction des besoins élémentaires de la population, surtout en
matière d'éducation et de santé. Nous sommes prêts à appuyer une
réduction importante des dettes du Nigeria sur le plan multilatéral tant
que vos réformes économiques et financières continueront à avancer et
que vous vous assurerez que les bienfaits de l'allégement de la dette
aillent à la population.
Je tiens à dire maintenant que, alors que nous jouons notre rôle en
soutenant votre croissance économique et celle du reste de l'Afrique,
nous devons aussi oeuvrer de concert et nous fonder sur les efforts
africains visant à mettre fin aux conflits qui anéantissent tout espoir
dans un trop grand nombre de pays. S'il y a une chose que j'aimerais que
le peuple américain apprenne grâce à mon voyage, c'est l'ampleur
extraordinaire du rôle primordial que le Nigeria joue en faveur de la
paix en Afrique occidentale et dans le reste du monde.
J'espère que nos parlementaires qui sont présents ici en feront part
à leurs collègues à leur retour aux Etats-Unis. Au cours des dix
dernières années, malgré tous ses problèmes, le Nigeria a consacré 10
milliards de dollars et sacrifié la vie de centaines de ses soldats pour
la cause du rétablissement de la paix en Afrique occidentale. Le Nigeria
a été le premier pays, avec l'Afrique du Sud, à condamner le coup d'Etat
qui a eu lieu il y a quelques mois en Côte d'Ivoire. Et les soldats et
les diplomates nigérians, notamment le général Abubakar, tentent de
relancer le processus de paix au Congo. Ce faisant, vous êtes en train
de devenir une superpuissance morale.
Vous avez parcouru beaucoup de chemin en deux ans seulement, et je
vous exhorte à rester sur cette voie. Toutefois, je sais - je sais des
murmures que j'entends dans cet hémicycle et des murmures que j'ai
entendus dans la Chambre du Congrès lorsque j'ai dit que les Etats-Unis
devaient aller en Bosnie et au Kosovo, qu'ils devaient donner une
formation aux soldats de l'Initiative de réaction aux crises africaines
et qu'ils devaient vous aider à donner une formation en vue de faire
face aux problèmes de la Sierra Leone - je sais qu'un grand nombre
d'entre vous pensent souvent que le maintien de la paix constitue pour
vous un fardeau plus grand que ses avantages. Je sais que c'est ce que
vous avez pensé à un moment ou à un autre.
Il n'y a cependant aucun autre pays en Afrique occidentale dont la
taille, la stature et la force de son armée lui permettent de le faire.
Si vous ne le faites pas, qui le fera ? Vous ne devriez cependant pas
avoir à le faire tout seuls. Cela n'aurait pas dû se passer ainsi ces
dernières années. Votre charge est trop lourde. A cause des dimensions
de votre pays, tout le monde s'attend à ce que vous jouiez un rôle
dirigeant et que vous teniez compte des besoins des autres. Toutefois,
malgré la taille de votre pays, vous ne pouvez pas jouer un rôle
dirigeant à vous tout seuls et vous ne devriez pas en payer le prix
énorme. Je suis résolu, si vous êtes disposés à jouer ce rôle, à vous
obtenir le soutien de la communauté internationale dont vous avez besoin
et que vous méritez pour faire face à ces responsabilités.
Cette semaine, le premier des cinq bataillons nigérians chargés du
maintien de la paix a commencé de travailler avec des instructeurs
militaires américains et de recevoir du matériel américain. Avec des
bataillons du Ghana et d'autres pays africains, ils vont recevoir près
de 60 millions de dollars d'aide en vue de devenir une force de maintien
de la paix en Sierra Leone et de faire partie intégrante de la
démocratisation du Nigeria. Nous pensons que les premiers bataillons
seront prêts à se déployer sur le terrain avec des forces de l'ONU au
début de l'année prochaine. Nous nous attendons à ce qu'ils remplacent
le règne de la terreur par l'Etat de droit. Ce faisant, toute l'Afrique
occidentale profitera des promesses de paix et de stabilité et de
perspectives d'une coopération militaire et économique plus étroite. En
outre, le Nigeria contribuera ainsi à créer une armée du XXIe siècle qui
est forte et qui est foncièrement attachée à la démocratie.
Je tiens à dire aux dignitaires militaires qui sont parmi nous
aujourd'hui que le monde leur rend hommage pour leur décision de retirer
l'armée de la vie politique et d'en faire un des piliers d'un Etat
démocratique.
L'an dernier, le président Obasanjo est venu à Washington et nous a
rappelé que la paix était indivisible. Je me suis employé à créer de
nouvelles relations entre les Etats-Unis et l'Afrique parce que nos
avenirs sont indivisibles. Que vous deveniez un « moteur de croissance »
ou un lieu de désespoir profond a de l'importance pour nous. Que nous
repoussions ensemble les forces de la criminalité, de la corruption et
des maladies ou que nous les laissions nous diviser et nous subjuguer a
aussi de l'importance pour nous. Enfin, que nous tendions la main à des
Africains pour rétablir la paix ou que nous laissions des millions
d'enfants souffrir tout seuls a également de l'importance pour nous.
Notre avenir commun dépend de la possibilité que les 739 millions
d'habitants de l'Afrique ont de réaliser leurs aspirations. Le Nigeria
est le pivot sur lequel tourne l'avenir de toute l'Afrique.
Il y a dix ans, un jeune Nigérian du nom de Ben Okri a publié un
roman « The Famished Road » qui a saisi l'imagination de tous ceux qui
l'ont lu à travers le monde. Dans son livre, il décrit un enfant esprit
qui défie les anciens et qui décide de naître au milieu de l'agitation
et de la lutte pour la vie humaine. L'action se situe dans le Nigeria
moderne, mais les questions soulevées par ce roman dans un langage qui
est aussi universel que l'esprit de l'homme nous touchent tous.
A une époque marquée par le changement et par l'incertitude, Ben Okri
nous demande : « Qui peut rêver d'une bonne voie, puis vivre pour la
parcourir ? » Comme les habitants de tout autre pays, les Nigerians ont
rêvé de cette voie, depuis qu'Anthony Enahoro a réclamé l'indépendance
de votre pays en 1953 au sein du Parlement colonial. Les Nigérians,
notamment ceux qui ont émigré dans mon pays et dans tant d'autres, ont
rêvé de cette voie dans les domaines de la musique, de l'art, de la
littérature et de la lutte politique, ainsi que dans le cadre de leur
contribution à la prospérité et au progrès.
Maintenant, en ce début du nouveau siècle, la voie est ouverte au
Nigeria pour tous ses citoyens. Vous avez la possibilité de créer un
nouveau Nigeria. Nous avons la possibilité de créer un réseau durable de
liens entre l'Afrique et les Etats-Unis. Je sais qu'il ne sera pas
facile d'emprunter cette voie, mais vous avez déjà relevé de grands
défis. Vous avez réussi à surmonter des obstacles immenses pour parvenir
là où vous êtes. Et après tout, la voie de la liberté est la seule voie
digne d'être empruntée.
J'espère que, en ma qualité de président, j'ai contribué un petit peu
à nous faire progresser ensemble sur cette voie. Je suis certain que les
Etats-Unis vous accompagneront dans les années à venir. Et j'espère que
vous vous souviendrez au moins de ce que j'ai dit au sujet de notre
interdépendance. Oui, vous avez besoin de nous aujourd'hui parce que, en
ce moment fugace, nous sommes le pays le plus riche du monde. Toutefois,
au cours de la vie, au cours de la vie d'un pays et au cours d'une
civilisation, les riches et les pauvres changent souvent de place. Ce
qui reste c'est notre humanité commune.
Si vous pouvez la trouver en dépit de toutes nos différences et que
nous pouvons la trouver en dépit de toutes les nôtres, et si nous
pouvons alors nous tendre la main des deux côtés de l'océan, malgré nos
différences de culture et nos différences historiques en vue d'un avenir
commun pour tous nos enfants, alors la voie de la liberté l'emportera.
Je vous remercie et que Dieu vous bénisse.
(Fin de la transcription)
(Diffusé par le Bureau des programmes d'information internationale du
département d'Etat. Site Internet :
http://usinfo.state.gov/francais/french.htm) NNNN
Product Name: WASHINGTON FILE
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Type: TEXT
Keywords: 2705.AEF
F,WHITE HOUSE/TR/NIGERIA/CLINTON/LEGSILATURE/,RP,CL,AT,RS
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Codes: 1E
Languages: FRENCH
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